Pas question ici d'énumérer les événements historiques, tubes musicaux ou inventions de cette époque (l'article de Wikipédia le fait très bien), mais plutôt de décrire une ambiance, une idéologie, une "couleur" propre à cette décennie, bref des tendances fortes. On associe généralement le flower power aux années 70, comme on disait que les "eighties" étaient les années fric ; mais les années 90 ?
Ce qui est bien avec les présidents de la Cinquième République, c'est qu'il y en a exactement un élu par décennie. Nous qui cherchons à donner une "couleur" à chacune d'elles, cela nous fait des points de comparaison. Par exemple en regardant les photos officielles des heureux élus. Justement, la dernière vient de tomber.
Alors que le Festival de Cannes bat son plein, rappelons-nous que Festen (de Thomas Vinterberg) y triomphait en 1998, accompagné des Idiots (de Lars von Trier). En plus d'être danois, les deux films avaient un point commun : cette religion cinématographique, apparue dans les années 90 comme son nom l'indique : le Dogme 95. Culte typiquement nineties, visiblement, car aujourd'hui totalement disparu.
Un terme que l'on n'a employé que dans les années 90 : start-up. Jusqu'à l'éclatement de la bulle Internet, en avril 2000, évènement marquant la fin de années techno.
Étions-nous plus beaux dans les années 90 qu'aujourd'hui ? Ce n'est en tout cas pas vrai en ce qui concerne Ségolène Royal. Si l'on compare ce cliché pris en 1990...
... au suivant, pris de nos jours, y'a pas photo. Voilà une femme qui sait vieillir. La pauvrette de 36 ans à laissé la place à une superbe madonne de 53. Mais ce n'est pas sûr que cela suffise à la faire gagner dimanche. Pas sûr du tout. Du tout du tout...
C'est en 1994 que Silvio Berlusconi accède pour la première fois au pouvoir en Italie. Déjà propriétaire de toutes les chaînes de télévision privées, Sua Emittenza ajoute ainsi celles du public à son emprise.
C'est à lui que François Bayrou aime comparer Nicolas Sarkozy. Notamment pour son influence sur les médias. Et François Bayrou n'aime pas ça, mais alors pas du tout, ainsi qu'il l'a encore dit, ce matin, sur RTL.
On ne compte plus les compilations musicales consacrées aux années 90. Pas moins de cinq sur le site de la Fnac. En cliquant sur les pochettes, on peut écouter des extraits et vérifier qu'il n'y en a pas une pour rattraper l'autre.
Comme Nicolas Sarkosy, c'est dans les années 90 que François Bayrou se fait connaître du grand public : ministre pour la première fois en 93, soutient de Balladur en 95, de nouveau ministre ensuite, président de l'UDF en 98... Aujourd'hui, il est au top :
1995, avec la victoire annoncée de Balladur, marque la première grosse gifle faite aux sondeurs. Une seconde sera donnée en 2002. Pourtant, en cette veille de premier tour, jamais élection n'aura fait réaliser autant de sondages (environ 250 publiés). Le politologue Alain Garrigou s'insurge :
Dans La Décennie, le grand cauchemar des années 1980, le sociologue François Cusset parle de "l'insidieuse installation de la gauche libérale en France sur fond d'ode au fric, à la comm' et à l'auto-célébration culturelle permanente". Un cauchemar qui aurait perduré dans la première moité des années 90. Mais, d'après son éditeur, le chercheur "montre aussi comment la pensée critique a pu survivre, comment elle a continué son travail souterrain, pour ouvrir, au milieu des années 1990, de nouvelles perspectives intellectuelles et politiques". À quand, enfin, un livre sur la décennie 1990 ?!
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